Alfred DREYFUS

(1859-1935). 

14 septembre 1899,

a son avocat Fernand LABORI

 

     TRES BELLE LETTRE APRES LE PROCES DE RENNES ET AVANT LA GRACE PRESIDENTIELLE.

…<<Il est des choses qui sont Presque inexprimables de vive voix, qu' on garde au fond de soi avec une espece de pudeur et qu' on ecrit plus facilement qu on ne les dit !... Mais comment exprimer toutes les emotions par lesquelles j' ai passé pendant ces deux longs mois ? D' abord mon retour en France, plein d'illusions, puis cette chute brutale du haut de mes reves, de ce lointain caresse de la reparation eclatante d'une epouvantable erreur judiciaire, de cette communion entrevue d'ames francaises dans un élan fraternal de justice et de bonte…, Quelles journees de cruelles desillusions ai-je vecu pendant ces longues audiences ! Mais aussi quelles joics profondes quand j'entendais des voix plus hautes, des esprits eleves et degages de tout parti pris, faire entendre la voix de la raison et de l'equite, la voix de notre chere France, cette terre d'equite el de bonte, qui m'a si longtemps plus la nuit noire d'il y a cinq ans, ce n'etait plus le somber drame se perpetrant entre quatre murs, sans entendre voix humaine autour de l'innocence meconnue >>… Toutes ces voix amics lui demontrent << un reveil formidable de la conscience humaine >> auquel rien ne resistera.  S'il souffre pour sa famille, sa hautaine conscience du devoir a remplir n'en est pas amoindrie.  Il souhaite a son avocat de bien se reposer a Samois et epere qu'ils se retrouveront tous << au jour du triomphe definitive de la Justice et de la Verite >>